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Quels enjeux pour l’économie circulaire dans le secteur du bâtiment ? Rencontre avec Antoine Desbarrières, administrateur de l’Alliance HQE-GBC

Chroniques Urbaines™ by Green Soluce lance un cycle d’interviews et d’articles dédié à l’économie circulaire face aux enjeux de la ville et de l’immobilier.

Cette semaine, rencontre (à distance !) avec Antoine Desbarrières, président de l’organisme certificateur CERQUAL Qualitel Certification et administrateur de l’Alliance HQE-GBC, association d’utilité publique qui fédère les professionnels du bâtiment et de l’aménagement autour de la transition écologique. Antoine Desbarrières a piloté les groupes de travail organisés par l’Alliance HQE-GBC qui ont permis d’aboutir en 2018 à un Cadre de définition de l’économie circulaire dans le bâtiment.

Retour sur cette initiative, et sur les grands enjeux de l’économie circulaire pour le secteur du bâtiment, des synergies avec les certifications à l’impact carbone, en passant par les bénéfices économiques pour le secteur !

Green Soluce: Quelle est la genèse du Cadre de définition de l’économie circulaire dans le bâtiment élaboré par l’Alliance HQE-GBC 

Antoine Desbarrières : Cette initiative répondait au besoin exprimé par un certain nombre d’acteurs d’adapter au secteur du bâtiment les travaux initiés au niveau international et par l’ADEME. Il a vraiment été conçu pour s’adapter à ce contexte spécifique. L’idée était de mettre les acteurs du secteur autour de la table dans le cadre de groupes de travail, pour faire émerger un consensus autour de ce cadre de définition. Ce travail a duré un an.

GS : Quels sont les grands partis pris de ce cadre et ses principes directeurs ?

AD : Le cadre de définition s’organise autour de 5 grandes ambitions, déclinées en leviers, qui prennent en compte l’économie circulaire dans tout le cycle de vie du bâtiment.

Ambition 1/ Optimisation territoriale des flux :

  1. Connaissance des gisements et potentialités à l’échelle du territoire
  2. Synergies
  3. Approvisionnement durable

Ambition 2/ Sobriété

  1. Optimisation des besoins
  2. Eco-conception
  3. Economie de la fonctionnalité

Ambition 3/ Allongement de la durée de vie

  1. Pérennité des produits et équipements
  2. Évolutivité du bâtiment, des espaces et des usages
  3. Approche en coût global (qui introduit une dimension économique)

Ambition 4/ Création de ressources pour limiter les déchets

  1. Démontabilité et déconstruction sélective
  2. Réemploi et réutilisation
  3. Recyclage

Ambition 5/ Management des parties prenantes

Cette dimension managériale permet de déployer toutes les ambitions précédentes :

  1. Sensibilisation
  2. Planification
  3. RSE et évaluation

Le cadre de définition de l’économie circulaire pour le bâtiment, Alliance HQE-GBC, 2018

 

GS : De quelle manière ce cadre de définition s’est-il décliné sur le terrain jusqu’à présent ?

AD : Ce cadre de définition a déjà été valorisé dans les différents référentiels de certification. Par un « profil économie circulaire » de certification, on valorise le caractère circulaire du projet dans les thématiques existantes des certifications au travers d’un certain nombres d’exigences cohérentes avec celles du cadre de définition. Ce système de « profils économie circulaire » existe déjà dans le secteur résidentiel (certification NF Habitat HQE). Il sera introduit dans le secteur résidentiel en rénovation en juillet 2020 et dans le tertiaire d’ici la fin d’année 2020.

D’abord, dans le cadre de la certification, une petite dizaine de projets se sont inscrits dans une démarche de « profil économie circulaire ». La Ville de Paris prescrit désormais ce profil dans les cahiers des charges pour les logements sociaux qu’elle finance.

Ensuite, un test HQE Performance s’appuyant sur des opérations pilotes a été mené pour définir des indicateurs de circularité sur le sujet de l’ACV (Analyse de Cycle de Vie, ndlr) appliquée à l’enjeu de l’économie circulaire (au-delà du critère « carbone »), pour les projets neufs comme en rénovation et suivant une autre méthodologie (la méthode MFA bâtiment (analyse des flux matières)) qui est en lien avec l’ACV. Les résultats devraient être présentés par l’Alliance mi-2020.

GS : Quel bilan tirez-vous de la déclinaison opérationnelle du Cadre de définition de l’économie circulaire ?

AD : Premier constat : concernant les « profils économie circulaire » dans le cadre de la certification, peu d’opérations ont été menées pour le moment, alors que cette démarche n’introduit que peu d’exigences supplémentaires par rapport au référentiel existant, sur le volet économie circulaire. Cela montre que les acteurs ont peut-être encore du mal à s’engager sur ce sujet.

Deuxième constat : pour beaucoup d’acteurs, l’économie circulaire se limite encore à réduire la production de déchets. Or, les enjeux sont plus vastes comme le montre les ambitions que nous venons de voir. Enfin, concernant les tests HQE Performance sur le sujet de l’ACV, on a observé que sur une quinzaine d’opérations de rénovation, on produisait a minima deux fois moins de déchets que dans une construction neuve.

GS : Quels sont les principaux bénéfices économiques engendrés l’économie circulaire pour les acteurs de l’immobilier ?

AD : Le bénéfice économique va surtout se mesurer en termes de coût global et de valeur d’usage, mais à ce stade, ce sera plutôt à l’échelle du territoire ou de la collectivité qu’à l’échelle d’un projet. C’est probablement la raison pour laquelle l’engagement va se faire, au-delà des acteurs impliqués, via la prescription territoriale. Il sera nécessaire de développer une fiscalité incitative en faveur de l’économie circulaire (et/ou pénalisante pour l’économie linéaire) pour que le bénéfice économique soit rapidement au rendez-vous à la maille du projet.

GS : En quoi l’utilisation de matériaux issus du réemploi réduit-elle significativement l’impact carbone des bâtiments en ACV ? Comment l’empreinte carbone de ces matériaux est-elle calculée et chiffrée dans la base INIES* ?

AD : La méthodologie de calcul utilisée pour les matériaux issus du réemploi repose sur la notion d’amortissement. On retranche l’émission de carbone sur la durée de vie du matériau à date, à l’émission carbone sur la durée de vie pour laquelle le matériau a été conçue. Ainsi, plus le matériau a été utilisé longtemps au moment de son réemploi, moins son empreinte carbone est importante.

Cependant, une problématique réside dans l’incomplétude de la base de données INIES. En l’absence d’enregistrement de FDES par les fabricants de produits de construction, ceux-ci se voient attribuer une empreinte carbone par défaut, supérieure à la réalité. A noter que l’on assiste néanmoins actuellement à une augmentation significative des fiches de déclarations.

*Ndlr : L’Alliance HQE-GBC est propriétaire de la Base INIES, qui sert de base au calcul de l’empreinte carbone des bâtiments, en analyse de cycle de vie, dans le cadre du label E+C- et de la future RE 2020. La Base INIES rassemble les FDES (Fiches de Déclaration Environnementale et Sanitaire) des produits de construction et les PEP (Profils Environnemental Produit) pour les équipements. La RE (réglementation environnementale) 2020 remplacera prochainement la RT (réglementation thermique) 2012. Elle impose le calcul de l’impact carbone avec une méthode ACV, pour les bâtiments neufs. En décembre dernier, l’Alliance HQE-GBC a lancé un appel à accompagnement pour encourager l’enregistrement de FDES et PEP collectifs par les fabricants de produits de construction qui ne l’auraient pas encore fait.

GS : Quel regard portez-vous sur la Loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, promulguée en février 2020 en France ?

AD : Une loi comme celle-ci est forcément très positive. On est dans un changement de paradigme et le législateur s’empare du sujet. Après, on peut toujours regretter certains aspects, notamment le fait que la loi reste plus centrée sur le recyclage des déchets que sur l’écoconception : avant de recycler, comment produire moins de déchets et être sobre ? Ce sont des points sur lesquels il faudrait certainement plus insister. Concernant les décrets d’application, il faudra être attentif à ne pas créer d’usine à gaz, tout en étant suffisamment incitatif et exigeant pour permettre un réel changement des pratiques.

Cela dit, tout ne peut pas passer par la loi, à l’échelle nationale. Elle permet de donner un signal, mais les collectivités territoriales ont aussi un rôle crucial à jouer, ainsi que chaque acteur du secteur, à l’échelle individuelle.

Pour finir, la crise sanitaire actuelle va peut-être accélérer la transition vers l’économie circulaire dans le bâtiment, notamment avec le recours à davantage de filières de proximité.

Interview réalisée par Camille Raynaud pour Urban ChroniclesTM.

 

 

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