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Quel avenir pour le réemploi dans le bâtiment ?

Le 10 février 2020, la France a promulgué la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire. Cette loi veut favoriser le réemploi dans le secteur du bâtiment, qui représente aujourd’hui 14% des déchets produits en France.

Pourquoi est-ce urgent d’accélérer le développement du réemploi dans le secteur du bâtiment ? Quels sont les freins et les opportunités du réemploi des matériaux de construction ? Quels sont les exemples réussis de bâtiments construits grâce au réemploi ? Réponse dans cet article !

Parmi les mesures, deux nouvelles dispositions très concrètes :

  • L’obligation de réaliser un « diagnostic déchets avant démolition » aux projets de réhabilitations plus légères, en privilégiant le réemploi des matériaux à leur valorisation.
  • La facilitation du stockage et du réemploi des matériaux et produits issus de chantiers de réhabilitation ou de démolition en ne leur donnant plus le statut de déchet si un opérateur les a préalablement contrôlés.

Recyclage, réemploi ou réutilisation ?

Pour bien comprendre la pertinence du réemploi dans l’économie circulaire, il convient de bien définir ce que l’on entend par cette notion car elle porte à confusion.

  • Selon l’article L541-1-1 du Code de l’environnement, le terme de « réemploi » désigne une opération par laquelle les matériaux usagés sont remis directement à une structure dont l’objet est le réemploi et sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus.
  • La « réutilisation » s’emploie pour parler des matériaux usagés dont le détenteur s’est défait sans les remettre directement à une structure dont l’objet est le réemploi, et sont utilisés de nouveau, avec un détournement ou non de leur usage initial. Elle peut donc impliquer une opération de transformation légère du produit (par exemple un contrôle, un nettoyage ou une réparation sur celui-ci).

Le réemploi et la réutilisation ont donc l’avantage d’allonger la durée de vie du produit et donc de diminuer son empreinte écologique car ils n’impliquent aucune transformation lourde du produit, à l’inverse du recyclage, qui repose par un retraitement du produit en substance. Mais en pratique, où en est le secteur du bâtiment en termes de réemploi en France ?

 

Le lent développement du réemploi des matériaux du bâtiment

La France, en adoptant la loi relative à la transition pour la croissance verte (LTECV) en juillet 2015, s’est fixée comme objectif la valorisation matière de 70% des déchets du BTP (bâtiment et travaux publics) à l’horizon 2020. Seulement aujourd’hui, le compte n’y est pas tout à fait : la valorisation matière dans le BTP varie fortement selon les activités, et le secteur du bâtiment est moins avancé à ce sujet, avec 67% de déchets valorisés. Par ailleurs, la valorisation matière recouvre des modes de traitement des déchets inégalement vertueux pour l’environnement, parmi lesquels les plus sobres demeurent aujourd’hui les moins développés. En effet, si 32% des déchets inertes du bâtiment étaient recyclés ou utilisés pour du remblaiement, seulement 14,3% étaient réutilisés ou réemployés, selon le rapport intitulé Déchets chiffres-clés de l’ADEME publié en mars 2019 (voir la figure ci-dessous).

Freins et opportunités du réemploi

Une grande consultation a été réalisée début 2019 auprès de maîtres d’ouvrages et d’architectes exerçant dans la région PACA pour identifier leurs pratiques et leurs perceptions en matière d’éco-conception, de réemploi et de réduction des déchets. Ce rapport, intitulé BATIFLUX3, identifie les 3 freins majeurs perçus par les architectes dans ce domaine :

  • Le manque de connaissances des maîtres d’ouvrages sur les concepts et modalités de mise en œuvre des matériaux issus du réemploi et de l’éco-conception.
  • Le problème d’assurabilité et les contraintes réglementaires en raison notamment du caractère hétérogène et non-normé des produits issus du réemploi et de la réutilisation.
  • Les surcoûts des matériaux en raison de l’absence de filière économique structurée sur le territoire et que la clientèle ne veut pas assumer.

Néanmoins, ce même rapport a également décrit les motivations des acteurs du bâtiment dans cette région à recourir au réemploi, soulignant par-là les nombreux avantages de celui-ci :

  • L’avantage économique lié au moindre coût de certains matériaux de réemploi ou aux économies de retraitement des déchets.
  • Les convictions écologiques.
  • La valeur patrimoniale ou esthétique des matériaux issus du réemploi.

Il y a aussi une profonde volonté d’engagement des acteurs sur ce créneau du réemploi. En effet, 77% des architectes se disent déjà prêts à se positionner sur des marchés incluant des clauses d’économie circulaire. Les opportunités du réemploi sont donc réelles. Penchons-nous maintenant sur des exemples de projets où elles ont été éprouvées.

 

Focus sur des projets de construction précurseurs en matière de réemploi ou de réutilisation

Des projets de construction de bâtiments novateurs en matière de réemploi ont été lancés en France par des acteurs précurseurs dans le domaine. L’ActLab, conçu et porté par le cabinet d’architecture expérimental Bellastock, est un projet constitué de quatre bâtiments du site co-construits par en concertation avec Plaine Commune et Plaine Commune Développement sur la période 2012-2017, puis démolis en 2019. L’Actlab était une plateforme d’expérimentation, un démonstrateur de l’architecture du réemploi et un équipement mais aussi le centre de recherche utilisé pour la publication des deux rapports REPAR de Bellastock au sujet de l’économie circulaire dans la conception et la construction de bâtiments.

L’un des quatre bâtiments à être (re)sorti de terre, nommé La Base Vie, était bâti à l’aide de plus de 70% de matériaux réutilisés. On y avait entre autres réemployé des portes coupe-feu d’un surplus de stock pour le plancher, ou encore du contre-plaqué venant de supports d’expositions parisiennes pour le parement des murs et des cloisons.

Bien que les bâtiments de l’Actlab aient été éphémères, le projet montre que le réemploi peut être fiable techniquement et assurable en architecture.

La commande publique peut jouer un rôle de levier en étant avant-gardiste en matière de réemploi et de réutilisation. C’est notamment le cas du projet de construction d’une crèche dans le 20ème arrondissement de Paris, conçue par le cabinet d’architecture BFV Architectes, dont des façades en chêne massif sont entièrement réalisées à l’aide de portes palières récupérées et transformées. Dans ce cas précis, la réutilisation a permis d’intégrer du chêne massif dans le projet, un matériau onéreux qui n’aurait pas pu être utilisé autrement.

Ces projets mettent en avant le fait que le réemploi et la réutilisation sont avant tout une affaire d’opportunité, de disponibilité et de débouchés locaux concernant les matériaux de seconde main. Les acteurs doivent donc changer de paradigme et concevoir des projets en fonction des ressources disponibles dans un périmètre aux alentours du projet de réemploi. Le cabinet Green Soluce, engagé dans l’économie circulaire appliqué au bâtiment et au courant des dernières pratiques en la matière, se tient prêt à vous accompagner dans tous vos projets de réemploi et de réutilisation.

 

Article rédigé par Samuel Remy pour Chroniques UrbainesTM.

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