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COVID-19 : Repenser notre lien avec la biodiversité

Les experts sont assez unanimes pour dire que la destruction des habitats naturels est une des causes principales de l’épidémie de COVID-19 que nous vivons actuellement. En colonisant des zones toujours plus reculées et en détruisant les écosystèmes naturels indispensables, les humains ont mis à mal des barrières nous protégeant de ce type de situations et renforcé les conditions pour le développement d’épidémies.

COVID-19, marque d’une perte de biodiversité

Aujourd’hui, la prise de conscience sur la perte de biodiversité est loin d’être évidente. En effet, la perte de biodiversité est plus compliquée à comprendre que l’évolution du climat qui se mesure en concentration de gaz à effet de serre et produit des événements météorologiques extrêmes.

Philippe Grandcolas, directeur de laboratoire au Muséum national d’histoire naturelle et spécialiste de l’évolution des faunes, explique que « L’émergence de ces maladies infectieuses correspond à notre emprise grandissante sur les milieux naturels ». Pour lui, « il s’agit surtout d’un problème de simplification des écosystèmes […]. La capacité des agents infectieux à se transmettre de proche en proche en est renforcée, leur prévalence augmente, leurs ennemis peuvent disparaître ».
Le lien entre perte de biodiversité et émergence de nouveaux virus est alors clair. Aujourd’hui, 65 % des maladies infectieuses émergentes sont des zoonoses, c’est-à-dire des agents pathogènes transmis des animaux à l’homme. Ces perturbations s’accélèrent à cause de la mondialisation et de la circulation massive des personnes, des marchandises et des animaux.

Dans ce contexte, il devient donc indispensable de repenser nos relations à la biodiversité pour éviter ce genre de catastrophes.

Ouvrir davantage la ville à la biodiversité

Jusqu’à récemment, la nature n’avait pas sa place en ville dans un soucis d’ « urbanisme hygiéniste » hérité du XIXe siècle qui prône la séparation stricte entre systèmes vivants et systèmes sociaux. Depuis, alors même que nous réduisons tous les jours les écosystèmes naturels, porteurs de biodiversité, cette aseptisation de la ville a progressivement rendu rares les contacts entre humains et non humains, et a conduit à un désintérêt pour la préservation de la nature de la part des citadins.

Penser qu’il faut alors se débarrasser de la nature en ville pour diminuer les risques n’est pas la bonne solution, car plus les espèces sont diversifiées, plus les potentiels agents infectieux sont disséminés dans des espèces nombreuses, mettant potentiellement l’Homme à l’abri : « Il ne faut tirer ni sur les chauves-souris ni sur les pangolins. La raison exacte de la diffusion du virus est la destruction des habitats naturels », insiste Jean-François Guégan, directeur de recherches à l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) et conseiller scientifique de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité.

Quelle place pour la nature et la biodiversité en ville ?

Aujourd’hui, les visions changent et tous les projets urbains, à des niveaux d’ambitions très hétérogènes, font place à la biodiversité et ses bienfaits. La nature en ville est source de bénéfices en termes de santé psychologique et physique pour les citadins. Les plantes participent à l’épuration de l’air, de l’eau et du sol en fixant d’importantes quantités de polluants atmosphériques. Elles jouent un rôle non négligeable dans le cycle du carbone et réduisent les îlots de chaleur urbains, abaissant de plusieurs degrés lors des fortes canicules la température de quartiers entiers.

Au-delà de ses propriétés bienfaitrices, la biodiversité urbaine est également un formidable support pédagogique. C’est une grande opportunité de sensibiliser un large public citadin – depuis trop longtemps éloigné de la nature – aux problématiques environnementales et à la préservation de la biodiversité.

Au-delà de ramener la nature en ville, certains scientifiques préconisent également de laisser des zones sans interaction entre l’Homme et la nature, pour limiter la déforestation et l’imperméabilisation des sols mais surtout pour donner à la nature l’occasion de s’auto-gérer. Si la cohabitation entre l’Homme et la nature est complexe, des espaces sanctuarisés hors de toute activité humaine peuvent être mis en place. C’est un des sujets qui devaient être débattus lors de la COP26 sur la diversité biologique (reportée en 2021 à cause de l’épidémie) suite aux travaux de la la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Son objectif est de protéger au moins 30 % de la planète, terres et mers confondus, d’ici 2030, en y « laissant les écosystèmes se régénérer ».

Dans ce contexte, les solutions sont complexes mais se trouvent probablement à la frontière entre le renforcement de la place de la biodiversité en ville pour sensibiliser et augmenter le confort des citadins, tout en acceptant de garder des zones vierges et protégées pour que la nature puissent y reprendre toute sa place et que des barrières puissent nous protéger à l’avenir.

Article écrit par Pierre Rostan pour Chroniques UrbainesTM.

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Références

https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/01/14/l-onu-propose-de-proteger-30-de-la-planete-d-ici-a-2030_6025778_3244.html
https://www.novethic.fr/actualite/environnement/biodiversite/isr-rse/coronavirus-si-nous-ne-preservons-pas-la-biodiversite-les-crises-sanitaires-vont-se-multiplier-148387.html
https://usbeketrica.com/article/faut-il-sanctuariser-nature-reponse-pandemie

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