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Rencontre avec Sébastien Maire, Délégué Général à la Transition Ecologique et à la Résilience, Ville de Paris

Cet article de Chroniques Urbaines™ porte sur la stratégie de résilience climatique de la ville de Paris. Nous avons interviewé en exclusivité Sébastien Maire, Délégué général à la Transition Ecologique et à la Résilience à la Ville de Paris. Il nous a notamment éclairés sur la façon dont la Ville de Paris aborde le risque climatique et les objectifs que celle-ci souhaite atteindre en matière de résilience climatique.

Green Soluce : Quelle est votre mission en tant que Délégué Général à la Transition Ecologique et à la Résilience à la Mairie de Paris ?

Sébastien Maire : Mon rôle à la Mairie de Paris est de coordonner, au niveau du Secrétariat Général de la Ville, la mise en œuvre de la stratégie de résilience, du Plan Climat-Air-Energie Territorial (PCAET) et du Plan Economie Circulaire, ainsi que des politiques liées à la qualité de l’air. J’assure également la coordination d’un programme de long terme : les volontaires de Paris ; pour engager davantage les habitants à agir sur les thématiques de la transition écologique et sociale

Mon rôle est transverse et vise à renforcer la coordination entre Directions municipales et avec des partenaires extérieurs, car la réponse à ces enjeux n’est pas efficace si on les aborde selon l’organisation administrative traditionnelle : d’un côté l’environnement, de l’autre le social, de l’autre l’aménagement urbain, de l’autre les transports, etc. La transition écologique ne doit pas être considérée comme une politique parmi d’autres, mais guider l’activité de l’ensemble des secteurs. La Ville de Paris, très en avance sur ces sujets, fait évoluer son organisation administrative en conséquence.

Green Soluce : Comment définissez-vous la résilience ?

Sébastien Maire : La résilience est définie comme la capacité du territoire entier dans sa pluralité d’acteurs, à continuer de fonctionner et de se développer indépendamment des chocs majeurs auxquels il peut être confronté (pandémie, attaques terroristes, inondations, vagues de chaleur…) et en réduisant les stress chroniques qui empêchent le bon fonctionnement du territoire (pollutions, inégalités sociales, qualité de l’air…).

La résilience doit donc traiter ces deux sujets en même temps (chocs et stress) en développant une approche holistique et systémique des politiques territoriales. Ce n’est pas une nouveauté à Paris, puisque la devise de Paris utilisée depuis le XVIème siècle « Fluctuat nec mergitur » est une parfaite définition de la résilience. Cette notion, qui redevient d’actualité, illustre la reprise de conscience de nos vulnérabilités après un demi-siècle d’euphorie technologique.

Green Soluce : Quel sont les enjeux prioritaires pour la Ville de Paris face au risque climat et comment les abordez-vous ?

Sébastien Maire : L’intérêt de la résilience est notamment de ne pas penser qu’au climat et de le reconnecter aux autres enjeux, mais si on se concentre sur cette question, il y a deux impératifs : l’atténuation et l’adaptation. En ce qui concerne l’atténuation, la Ville de Paris est très engagée, depuis longtemps déjà, et réduit en permanence ses propres émissions tout en incitant habitants et acteurs économiques à faire de même. Car la municipalité ne peut influer que sur 20% des émissions du territoire parisien, le reste étant du ressort d’autres acteurs publics, de la société civile et de la sphère privée qui doivent urgemment s’emparer de ces sujets.

Mais aujourd’hui, si réduire les émissions de carbone reste indispensable, ce n’est plus suffisant : puisque nous savons qu’il est trop tard et que nous allons subir les effets du dérèglement climatique de plein fouet, il est urgent de s’y préparer et de s’adapter.

Un des enjeux majeurs pour une ville comme Paris concerne les vagues de chaleur. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : quand, aujourd’hui, on ne compte que 1 à 2 jours de canicule à Paris par an, ce seront plus de 30 jours de canicule en 2100, avec des températures qui pourront atteindre 55 degrés à l’ombre dès 2050. Dans ces conditions, un été comme celui de 2003 sera considéré comme un été « frais », avec les conséquences que l’on connaît sur les populations les plus fragiles, et sur la qualité de vie.

Il faut donc repenser l’aménagement de la ville en profondeur pour la rendre plus fraîche en créant des îlots de fraicheur, en la végétalisant, en repensant la place de l’eau, en changeant nos modes et matériaux de construction, en débitumant, etc.

Green Soluce : Pensez-vous que la résilience peut devenir un nouvel indicateur pour orienter les financements au service de la transition écologique et sociale, au même titre que l’on parle d’investissement vert, social ou durable ?

Sébastien Maire : L’approche résiliente n’est pas une nouvelle couche dans l’empilement des plans transversaux des organisations, elle vise au contraire à mieux les articuler, dans une recherche d’efficience,  car ils sont tous interdépendants. La résilience ne relève pas non plus de la planification, mais bien davantage d’un processus qui rend possible la transition écologique et sociale, d’une façon plus holistique et systémique de voir les enjeux, de construire et mettre en oeuvre des politiques publiques ou territoriales.

Les collectivités développent depuis plusieurs années de nombreux plans et stratégies thématiques dans le domaine de la transition écologique et sociale, chacun étant assorti de son panel d’actions spécifiques : plan climat, lutte contre l’exclusion, économie circulaire, alimentation durable, biodiversité, etc. Le pas qui reste à franchir est de sortir des actions spécifiques rattachées à chaque plan pour que toutes les actions de la collectivité quelles qu’elles soient répondent de manière systématique aux objectifs de tous ces plans. Il faut sortir le climat du domaine climatique par exemple ! C’est une nouvelle façon de concevoir les politiques publiques, que permet l’approche résiliente. La Ville de Paris est pionnière sur cet enjeu et vient d’être désignée lauréate d’un programme européen LIFE pour réaliser une feuille de route de l’adaptation de Paris au changement climatique en mettant en place des indicateurs pour intégrer la résilience dans 100% des projets, en particulier au niveau des procédures budgétaires, des appels d’offre et de la commande publique, etc.

Green Soluce : La Ville de Paris fait partie du réseau international 100 Resilient Cities. Quelles sont les villes qui vous ont particulièrement inspiré en matière d’adaptation et de résilience face au risque climatique ?

Sébastien Maire : Ce réseau international est très riche et nous inspire énormément pour nos projets.

Rotterdam nous a inspirés avec son aménagement de « water squares » qui sont des places publiques, lieux de vie, de débat, de culture et de sport toute l’année, sauf en cas de fortes pluies : elles deviennent alors des bassins de rétention d’eau pluviale qui désengorgent le réseau d’assainissement, c’est du low tech très efficace et cela évite de dépenser énormément d’argent pour créer des infrastructures spécifiques !

Wellington et Christchurch en Nouvelle Zélande, tout comme les villes japonaises, considèrent que la première réponse aux crises doit venir des habitants, car les pouvoirs publics ne pourront pas tout, et qu’on doit donc former et impliquer la population sur ces enjeux. C’est une vision aux antipodes de la culture administrative française, en particulier étatique, qui considère que c’est trop « anxiogène ». Nous nous en sommes beaucoup inspirés pour créer le programme des « Volontaires de Paris ».

Green Soluce : Quels sont les objectifs que souhaite atteindre la Ville de Paris d’ici la fin de l’année en termes de résilience climatique ?

Sébastien Maire : Le prisme de la résilience implique de penser en même temps au très court terme (les canicules de l’été qui vient) et à moyen et long terme. Le nouveau Plan Climat de la Ville prévoit par exemple deux étapes : de premiers objectifs, très ambitieux, pour 2030 ; et une trajectoire qui devra l’être encore plus entre 2030 et 2050 si nous voulons respecter les Accords de Paris.

Je pourrais vous citer un projet qui couvre les 3 échelles de temps : la transformation des cours d’écoles et de collèges de Paris en Oasis de fraicheur et de lien social.

Elles représentent plus de 70 hectares et sont réparties de manière dense et homogène sur le territoire. Pourtant, ces espaces asphaltés et imperméables, participent massivement de l’effet d’îlot de chaleur urbain, ne nous aident en rien à mieux gérer les eaux pluviales, et sont fermées au public, même en dehors des horaires ou périodes scolaires. Alors que la rénovation d’une cour d’école consistait jusqu’ici uniquement à déposer et recouler de l’asphalte, elle est devenue un levier pour répondre en même temps à de nombreux objectifs de politiques publiques. Remplacement des surfaces asphaltées par des matériaux innovants, clairs et perméables, création de zones de pleine terre, renforcement de la végétalisation (arbres, murs et toits végétalisés, jardins et potagers pédagogiques), création d’ombre, ou encore installation de fontaines et jeux d’eau. Les projets sont co-conçus avec les communautés éducatives et en particulier les enfants qui bénéficient d’ateliers de sensibilisation à l’enjeu climatique. Si l’objectif premier est de leur offrir de meilleures conditions d’éducation, ce projet vise aussi à créer à terme des centaines d’îlots de fraicheur d’ultra-proximité, qui puissent accueillir en dehors des temps scolaires les personnes vulnérables pendant les canicules, et plus globalement être ouvertes aux associations et habitants du quartier le week-end et pendant les vacances pour offrir de nouveaux lieux de rencontre et de lien social, dans une ville très dense qui en manque cruellement. Un seul projet, un seul process, un seul budget, un seul délai, et de multiples objectifs poursuivis, parce que nous sommes sortis des « silos » habituels pour le concevoir : c’est tout l’intérêt de cette démarche intégrée.

Première cour OASIS pour l’école maternelle Charles Hermite dans le 18ème arrondissement de Paris (Crédits : Henri Garat/Mairie de Paris)

Après 3 premières cours livrées en 2018, 30 nouvelles cours d’écoles et de collège OASIS seront  livrées à la rentrée prochaine, l’objectif étant d’en avoir converti la totalité en 2040. En 2019, nous livrerons également une première « rue résiliente », conçue selon la même logique, qui peut s’appliquer à toutes les infrastructures.

Propos récoltés et retranscris par Constance Flachaire et Pierre Rostan pour Chroniques UrbainesTM  

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