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La biodiversité au service de l’innovation, la résilience et la compétitivité : rencontre avec CDC Biodiversité

Pour ce quatrième épisode de la saison 8 de Chroniques Urbaines™ dédiée au thème de la « Biodiversité urbaine », nous avons interviewé Jean-Christophe Benoît, Directeur du Développement et de l’Investissement chez CDC Biodiversité, qui nous en dit plus sur le rôle de CDC Biodiversité dans l’écosystème urbain.

Green Soluce : Quelle est la mission de CDC Biodiversité ?

Jean-Christophe Benoit : CDC Biodiversité est une entreprise privée créée en 2008, filiale à 100 % de la Caisse des Dépôts, qui a pour cœur de métier la compensation environnementale. Elle vise à apporter des solutions opérationnelles aux acteurs économiques, que sont les entreprises et les collectivités, pour réaliser des actions favorables à la biodiversité, en conciliant écologie et économie.

La séquence Eviter-Réduire-Compenser existe dans le droit français depuis 1976 mais n’a quasiment jamais été mise en œuvre avant le Grenelle de l’environnement de 2010 ; alors que c’est un outil extrêmement pertinent lorsqu’il est bien mis en œuvre. L’objectif de la Caisse des Dépôts était donc de créer le premier opérateur de compensation environnementale en France.

Mon rôle au sein de CDC Biodiversité est de développer le champ d’activités de la société. Aujourd’hui, CDC Biodiversité étend progressivement celui-ci à la ville, le milieu marin, l’agroécologie… En parallèle de notre activité d’entreprise, nous pilotons la Mission Economie de la Biodiversité qui est un laboratoire de recherche et de réflexion financé par la Caisse des Dépôts : une équipe de quelques personnes travaille sur de nouveaux outils innovants de financement de la préservation de la biodiversité, tels que les paiements pour services environnementaux ; la compensation écologique faisant également partie de ces outils. Nous réfléchissons au développement et à la mise en œuvre de ces leviers afin de proposer des solutions aux acteurs économiques, qu’ils pourront intégrer dans leurs activités.

Green Soluce : Un des axes du programme Nature 2050 est de favoriser le retour de la biodiversité en ville. Pourquoi cet axe est-il essentiel ?

Jean-Christophe Benoit : Le programme Nature 2050, né après la COP 21 il y a un peu plus de deux ans, est un programme d’adaptation des territoires au changement climatique. Son principe est basé sur l’action volontaire : nous cherchons des financements auprès d’acteurs économiques qui souhaitent aller au-delà de leurs obligations réglementaires, en s’inscrivant dans une démarche de biodiversité positive, et, avec les fonds collectés, nous mettons en place des actions sur leurs territoires pour les rendre plus résilients au changement climatique, à partir de solutions fondées sur la nature. Concrètement, ce programme vise :

  • La restauration de zones humides
  • La création de trames vertes et bleues
  • L’adaptation des espaces forestiers et agricoles au changement climatique
  • La création de sites naturels urbains

Ces actions contribuent également, notamment en ville, à améliorer le cadre de vie de la population (réduction des îlots de chaleur, régulation des eaux, amélioration de la qualité de l’air, approvisionnement en produits alimentaires…). La biodiversité urbaine constitue d’ailleurs un axe fort de notre développement.

A titre d’exemple, le programme Nature 2050 permet de convertir une friche industrielle de 12 hectares en plein cœur de la ville de Sevran en Seine-Saint-Denis en site naturel urbain ouvert au public et adapté au changement climatique grâce à des aménagements et des plantations d’espèces locales adaptées.

Green Soluce : Pourquoi CDC Biodiversité a-t-elle développé le Global Biodiversity Score et comment est-il constitué ?

Jean-Christophe Benoit : Nous nous sommes lancés il y a quelques années dans la conception de cet indicateur, le Global Biodiversity Score, pour répondre au besoin de mesurer l’empreinte des activités économiques sur la biodiversité. L’ambition du Global Biodiversity Score, ou GBS, est de construire un outil de mesure de l’empreinte biodiversité transparent et consensuel, utilisant une métrique biodiversité équivalente à ce qu’est la tonne équivalent CO2 pour l’enjeu « climat », dans un but de mesure des impacts des activités économiques sur les écosystèmes, le long de la chaîne de valeur (de l’extraction des matières premières à l’utilisation des produits). Il s’appuie sur une métrique unique et focalisée sur la biodiversité : la Mean Specific Abundance, utilisée par l’IPBES, le GIEC et la Convention sur la Diversité Biologique. Cette métrique représente l’impact en équivalent km² d’espaces naturels vierges détruits et rend compte de manière quantitative de la multitude des pressions anthropiques qui impactent simultanément les écosystèmes. Les pressions des activités économiques sont exprimées en valeur MSA, sachant qu’un parking a une valeur MSA de 0, alors qu’une forêt primaire a une valeur MSA de 100.

A l’image du rôle de l’empreinte carbone pour lutter contre le changement climatique, le GBS vise à la fois à rendre compte de l’empreinte biodiversité des entreprises dans un objectif de reporting extra-financier, et à agir en tant qu’outil d’aide à la décision pour identifier les impacts directs, indirects ou induits de ces activités afin de les réduire, voire de tendre vers un objectif d’impact positif net sur la biodiversité.

Green Soluce : Pouvez-vous nous parler de l’opération Cossure, opération pilote démarrée en 2008 avec le Ministère de la Transition écologique et solidaire ? En quoi peut-elle permettre à des entreprises de répondre à leurs besoins de compensation environnementale ?

Jean-Christophe Benoit : Les projets menés par un aménageur ont souvent un impact sur la biodiversité. Celui-ci doit donc mettre en place la séquence Eviter-Réduire-Compenser, et peut alors être amené à compenser les impacts résiduels de son projet (qui n’ont pu être ni évités ni réduits).

L’opération Cossure est une opération pilote démarrée en 2008 avec le ministère en charge de l’écologie. Nous avons acquis le domaine de Cossure, soit 360 hectares d’anciens vergers industriels dans la plaine de Crau (Bouches-du-Rhône) en 2008, pour réaliser des opérations de restauration et de développement d’éléments de biodiversité et créer un site naturel de compensation. C’est un milieu steppique, semi-aride méditerranéen, dans lequel nous réhabilitons un espace favorable à l’élevage ovin et à la biodiversité.

Il s’agit d’une opération innovante, qui anticipe le besoin de compensation, et constitue la première offre de compensation environnementale en Europe.

Le principe est le suivant : la plus-value écologique, créée et reconnue par le Ministère, est valorisée au travers d’unités de compensation mises à disposition des aménageurs qui ont impacté des milieux similaires dans la même région. Cette expérimentation a donné lieu à la création d’un outil à part entière appelé « site naturel de compensation ». Cet outil, inscrit désormais dans la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages promulguée en 2016, offre la possibilité aux aménageurs d’acheter des unités de compensation environnementale à des sites naturels de compensation.

Green Soluce : En quoi la biodiversité peut-elle être un moteur du développement économique ?

Jean-Christophe Benoit : La biodiversité peut être intégrée au modèle économique d’une entreprise ou d’une collectivité. Nous oublions souvent qu’une part importante de l’activité économique française est étroitement dépendante de la biodiversité, notamment dans les domaines du tourisme, de l’agroalimentaire et du luxe. Nous essayons de faire basculer la vision que les entreprises ont de la biodiversité, qu’elles voient aujourd’hui comme une contrainte. En matière d’innovation, de résilience et de compétitivité, la biodiversité est une source d’opportunités. La permaculture et le biomimétisme sont des exemples d’application de modèles naturels à nos activités.

De plus, il y a actuellement de fortes attentes sociales concernant la qualité de vie, notamment en ville, ou encore l’alimentation, au travers du bio par exemple. Notre travail consiste à apporter des méthodes et des outils pour accompagner la transition écologique des villes et des espaces agricoles, sachant que les pratiques alimentaires ont un fort impact sur la biodiversité, en utilisant des solutions fondées sur la nature.

La biodiversité nous semble un sujet clé que les acteurs économiques ont intérêt à intégrer dans leurs modèles pour rester en compétitifs et en phase avec les attentes sociales et les enjeux environnementaux.

Propos récoltés et retranscris par Constance Flachaire et Lucille Christien pour Chroniques UrbainesTM  

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