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Rencontre avec Cyrille Moreau, Vice-Président de la Métropole Rouen Normandie

Pour ce troisième épisode de la saison 8 de Chroniques Urbaines™ dédiée au thème de la « Biodiversité urbaine », nous avons échangé avec Cyrille Moreau, Vice-Président de la Métropole Rouen Normandie, qui nous a notamment éclairés sur la prise en compte de la biodiversité dans les projets de la métropole.

Quels outils la Métropole Rouen Normandie met-elle en place pour intégrer pleinement les enjeux de la biodiversité dans ses projets urbains ? Quels sont les défis qui restent encore non résolus ? Réponse dans cet épisode !

Green Soluce : La Métropole Rouen Normandie a été primée « Meilleure intercommunalité pour la biodiversité 2018 » lors du concours « Capitale française de la Biodiversité » organisé, entre autres, par l’Agence française pour la biodiversité. Comment êtes-vous parvenus à cette distinction ?

Cyrille Moreau : Il faut tout d’abord noter que nous avons été deux fois lauréat à ce concours car nous pouvons candidater plusieurs fois mais sur des thématiques différentes. En 2018, nous avons déposé un dossier portant sur une approche systémique de la maîtrise foncière, en d’autres termes la façon dont nous gérons le foncier pour préserver des espaces naturels de natures diverses tels que des milieux humides, des pelouses… C’est une volonté forte de la Métropole Rouen Normandie que d’utiliser la maîtrise foncière comme moyen de préservation des espaces naturels que nous associons à de l’éco-pâturage [technique écologique d’entretien des espaces verts utilisant le pâturage d’herbivores, limitant ainsi l’usage d’engins et de produits chimiques, NDLR] pour en assurer la protection.

La Métropole Rouen Normandie s’est engagée à appliquer la même méthodologie de prise en compte de la biodiversité à tous les projets d’aménagements qu’elle conduit. Cette méthodologie peut être résumée par la problématique suivante : peut-on faire de la maîtrise foncière sur un projet, soit pour protéger le milieu cible, soit pour disséminer de nouvelles espèces ?

Beaucoup de collectivités ont recours à ces deux techniques, maîtrise foncière et éco-pâturage, mais c’est véritablement notre approche systémique qui nous a permis de nous différencier par rapport à d’autres candidatures. Il faut savoir qu’aujourd’hui un trop grand nombre de collectivités se contentent de mettre en place une action par thématique politique associée à la ville (biodiversité, mobilité…), afin de les avoir toutes abordées, mais cela ne permet pas de réflexion transversale de prise en compte de ces enjeux.

Green Soluce : Pensez-vous que les métropoles pourraient en faire plus en faveur de la biodiversité ?

Cyrille Moreau : Aujourd’hui, il apparait nécessaire d’intégrer la problématique de la biodiversité à toutes les politiques de la ville – quel que soit le domaine sur lequel elles portent – et de considérer le végétal dès la conception d’un projet. Avec cette approche systémique, de nombreux bénéfices sont obtenus tels que la création de continuités vertes (corridors écologiques) qui permettent aux espèces de circuler et de coloniser d’autres territoires. Que ce soit en matière de biodiversité, ou en matière de climat plus généralement, les actions que mettent en place les acteurs publics et privés ne sont pas à la hauteur des enjeux du changement climatique. Le rapport publié par WWF il y a quelques mois, qui analyse les plans climat des grandes agglomérations, est alarmant ! Les actions mises en place correspondent à 1/3 de ce qu’il faudrait faire pour respecter les accords de Paris.

Green Soluce : Quels sont les outils que vous avez mis en place pour accélérer la prise en compte de la biodiversité dans les projets immobiliers et d’aménagement urbain ?

Cyrille Moreau : La biodiversité est traitée lors des grandes opérations d’aménagement conduites par la Métropole Rouen Normandie. Concernant l’écoquartier Flaubert, une opération de reconversion de friches industrielles en bureaux et logements prévus pour 2021, la biodiversité a été pensée dans l’aménagement global : les circulations d’eau, les corridors écologiques et la place du végétal dans les espaces privés et publics ont ainsi été établis dès la conception du projet. Cela a impacté le promoteur puisqu’il devait respecter le coefficient de biotope (pourcentage d’une surface aménagée qui sera définitivement consacrée à la nature) inscrit dans le PLU. Dans les cahiers des charges des appels d’offres publics qui concernent notre périmètre d’actions, nous demandons également aux candidats de prendre en compte les enjeux de biodiversité.

Le futur écoquartier Flaubert situé à Rouen et Petit-Quevilly.

Crédits : Métropole Rouen Normandie.

Green Soluce : Quels sont les défis qui restent à relever ?

Cyrille Moreau : La Métropole Rouen Normandie a recours à la maitrise foncière sur tout son territoire constitué de 670 km2. La diminution des dotations de l’Etat à destination des collectivités a un impact direct sur les budgets de fonctionnement, et notamment les dépenses pour l’entretien des espaces naturels qui en font partie.

Pour continuer à protéger les espaces naturels sensibles, il faut donc mettre en place une gestion peu onéreuse. L’agriculture, l’élevage ou le maraichage sont les solutions privilégiées aujourd’hui. Or, la formation des agriculteurs à l’éco-pâturage demande du temps, notamment pour des nouveaux agriculteurs venant des villes, et nous n’arrivons plus à implanter suffisamment d’agriculteurs.

Comment mettre en place une politique d’installation des agriculteurs, de préférence bio, pour pouvoir gérer ces espaces sans que les coûts de gestion de la collectivité dépassent du budget ? C’est la question à laquelle la Métropole essaie de répondre.

Green Soluce : Et concernant l’espace urbain ?

Cyrille Moreau : Les espaces urbains, qui font face en plus aux phénomènes d’îlots de chaleur, rencontrent le même problème. Dès que nous installons une bande de végétal ou un arbre, il faut des jardiniers pour les entretenir, ce qui représente un coût. La tendance des collectivités est donc de minéraliser les espaces urbains plutôt que de les végétaliser. Si nous ne sommes pas capables de trouver de nouvelles techniques de gouvernance pour que les coûts d’entretien de ces espaces naturels se réduisent, les collectivités ne créeront plus d’espaces verts et la biodiversité continuera de décroitre. Afin de contourner ce problème, des métropoles comme Grenoble responsabilisent les habitants d’un quartier à travers une politique de proximité : l’autorisation de végétaliser en pied d’immeuble est inscrite dans le PLUi, des carrés amovibles à végétaliser sont installés à la demande des citoyens et une campagne de communication les invitent à s’occuper de ces nouveaux espaces verts.

Les collectivités territoriales doivent trouver de nouvelles formes de gestion autres que de recourir exclusivement à des employés de la collectivité pour entretenir ces espaces. Même si je conviens que mettre en place des actions innovantes est plus complexe que d’engager des jardiniers grâce à un budget alloué.

Green Soluce : Avez-vous recours à la biodiversité pour faire face au changement climatique ?

Cyrille Moreau : La Métropole Rouen Normandie a la particularité de bénéficier d’espaces forestiers sur 1/3 de son territoire. L’état des sols forestiers est tout autant un enjeu que celui des sols agricoles, or la prise de conscience sur ce sujet est presque inexistante. Or, il faut savoir que la migration naturelle de certaines espèces est beaucoup plus lente que le dérèglement climatique !

La mobilisation des citoyens est importante pour lutter contre le changement climatique et celle-ci est efficace lorsque les citoyens trouvent une utilité à la préservation de l’environnement. La biodiversité est parfaite dans ce contexte puisque les espaces naturels permettent de lutter contre les îlots de chaleur en créant des îlots de fraicheur tout en permettant aux espèces de se développer et de circuler librement. L’arbre est le principal moteur de biodiversité et la couverture végétale qu’il crée rafraichit l’espace urbain.

La demande de végétal des citoyens est extrêmement forte, ce qui entre en conflit avec certaines politiques actuelles des collectivités, telles que l’implantation de zones de stationnement sur l’espace public.

Si les Maires et responsables d’agglomérations ne changent pas leur façon d’aménager leurs territoires, qui deviennent progressivement invivables à cause du changement climatique, ils ne devront pas être surpris de voir leurs citoyens partir.

Propos récoltés et retranscris par Constance Flachaire et Lucille Christien pour Chroniques UrbainesTM  

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