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Deuxième rencontre avec Luc Monteil et Pierre Darmet, Président et Secrétaire du CIBI

Après avoir évoqué la semaine dernière la situation actuelle de la biodiversité mondiale ainsi que les différents rôles du Conseil International Biodiversité et Immobilier (CIBI) sur les enjeux de biodiversité urbaine, Luc Monteil et Pierre Darmet, respectivement Président et Secrétaire du CIBI, nous dévoilent cette semaine comment accélérer la prise de conscience des acteurs de l’immobilier en faveur de la biodiversité et quels moyens sont disponibles pour prendre en compte la biodiversité dans les projets urbains.

Green Soluce : On remarque une certaine prise de conscience des acteurs de l’immobilier en faveur de la prise en compte de la biodiversité, quels sont selon vous les enjeux prioritaires ?

Pierre Darmet : Trois enjeux sont déterminants pour accélérer la prise de conscience :
– La place et le rôle de la nature en ville. Il faut passer de la notion de nature comme un supplément à une notion d’infrastructure. Considérer la nature comme une infrastructure permettra de démontrer sa valeur ajoutée à toutes les échelles, de l’îlot jusqu’à l’agglomération toute entière. Ce passage d’une « nature accessoire » à une « nature infrastructure » est fondamental.

– Le temps long. Le label BiodiverCity®, encore en phase construction, permettra à terme de mettre en action toute la chaîne d’acteurs d’un projet autour de la biodiversité. L’idée est d’intégrer pleinement la biodiversité à l’architecture des projets et de ne pas s’en servir comme d’un élément cosmétique à la fin. La même chose doit être mise en œuvre pour l’exploitation. On entend trop de promoteurs, qui accompagnent des projets de nature en ville, notamment lorsqu’il s’agit de développer de nouveaux usages comme des jardins partagés, dire qu’ils financent l’exploitation pendant un ou deux ans sans s’assurer du relais sur le temps long. C’est absolument insuffisant ! D’un point de vue scientifique et technique, travailler sur le court terme ne fonctionnera pas pour atteindre un équilibre.

– Le no man’s land constitué des espaces détenus par le privé mais utilisables par tous. On mobilise beaucoup d’énergie sans modèle économique pour ces espaces, dédiés à une infime partie de la population. Il est temps de dépasser les images vertes extrêmement vendeuses que l’on voit trop souvent dans les projets pour créer des espaces qui profitent au plus grand nombre et qui ont un modèle économique viable pour pouvoir reconnecter les citoyens à la nature.

Luc Monteil : Ce sont des logiques de différenciation qui sont à l’origine de cette prise de conscience. De plus en plus de grands promoteurs et de grandes foncières poussent le sujet de la biodiversité car celui-ci se corrobore à leur stratégie RSE qui est un enjeu dans leur notation extra-financière. Une étude de l’ESSEC a démontré il y a quelques années que les bâtiments qui avaient des liens d’intégration forte au niveau de la biodiversité étaient valorisés de manière locative jusqu’à 12% de plus que les bâtiments standards, y compris ceux qui avaient fait l’objet d’une certification environnementale. Il y a un enjeu fort de performance pour les entreprises, de durée convalescence pour les hôpitaux, de qualité de vie pour les résidents, d’attractivité pour les promoteurs en résidentiels et les bailleurs sociaux. Le rôle du CIBI est d’apporter des outils pour permettre et accompagner cette réintroduction de la nature dans et autour du bâti ou du quartier mais aussi de sensibiliser l’ensemble des acteurs à ces enjeux.

Green Soluce : Pourquoi il y a-t-il une véritable nécessité de reconnecter les citadins avec la nature ?

Luc Monteil : Paradoxalement, les vrais enjeux du sujet de la nature en ville ne sont pas de sauver la nature directement. Ce n’est pas en ville que l’on va sauver la biodiversité mondiale. Par contre, le fait d’introduire de la nature en ville permet de rapprocher le citadin de cette nature, qu’il soit habitant d’un logement ou salarié, et de lui faire prendre conscience de la manière dont elle évolue. Ramener la biodiversité en ville va développer la conscience des citoyens et les sensibiliser à leurs impacts et à leurs rôles sur la biodiversité.

Des outils manquent pour mesurer l’impact des services rendus par la nature sur l’occupant d’un bâtiment. Mais de manière indiscutable, les effets d’une nature luxuriante sur la capacité de mémorisation, le stress, le bon fonctionnement du cerveau ont été maintes fois prouvés.

Pierre Darmet : Tout un chacun est démuni face au vivant car nous sommes déconnectés depuis plus de 50 ans. Pour reconnecter les citoyens à la nature il faut une médiation, ce que propose la Ville de Paris à travers la gestion partagée des espaces. En effet, la gestion de la nature en ville est dans une impasse car il manque une étape dans le processus : il faut des personnes qualifiées pour accompagner la reconnexion telles que des jardiniers-éducateurs nature, des concierges ayant des compétences vertes. Le CIBI forme des assesseurs BiodiverCity® qui accompagnent les maîtres d’ouvrage. Ils sont au nombre de 70 aujourd’hui contre 3 au moment des premières labellisations pilotes. Il y a donc, grâce à la biodiversité, une création de nouveaux métiers et d’emplois tangible, réelle et mesurable.

Green Soluce : Quels conseils donneriez-vous aux acteurs immobiliers qui souhaitent davantage prendre en compte la biodiversité dans leurs projets ?

Luc Monteil : Quel que soit le métier de l’acteur, qu’il soit sur une activité liée à l’aménagement et à la construction de la ville ou qu’il soit utilisateur, il faut donner davantage de place au sujet de la nature. Plusieurs initiatives peuvent être engagées : il faut concrétiser son engagement pour la nature en intégrant la biodiversité dans la stratégie RSE de son entreprise par exemple. Une bonne manière de le faire est de s’engager comme signataire d’une charte qui parle du sujet.

L’Association Française des Entreprises pour l’Environnement, qui regroupe une quarantaine de grandes entreprises françaises et internationales engagées pour l’environnement, ainsi que d’autres partenaires ont lancé une initiative intéressante qui s’appelle Act4Nature et qui regroupe plus de 60 grands groupes, comme Bolloré, engagés pour la biodiversité.

Le CIBI a également lancé sa charte de la biodiversité qui est ciblée sur l’acte d’aménager et de construire et qui est un appel à l’action pour développer le vert et la biodiversité dans les villes. On peut féliciter Certivéa qui a donné une place conséquente à la biodiversité dans son référentiel bâtiment durable. Pour se différencier, il faut travailler le sujet en profondeur, tant pour la biodiversité que la valeur d’usage générée par cette biodiversité.

Pierre Darmet : Les meilleurs ambassadeurs sont ceux qui entendent. Même si c’est dit avec des mots qui ne sont pas des mots de spécialistes, même s’il y a quelques approximations, le fait que des acteurs forts, décideurs de l’acte de construire ou de la Direction Générale d’entreprises s’engagent et se positionnent sur le sujet est révélateur d’une capacité à passer du champ des bonnes intentions au champ de la pratique. Le mouvement ne prendra pas s’il n’y a pas de revendication du sujet de la part des décideurs.

Propos récoltés et retranscris par François Aze et Lucille Christien pour Chroniques UrbainesTM  

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